/////////Nous visions heureux auprès de nos parents. Nous
avions hérité du don de notre père : nous étions des Lycans, héritiers du prince de surcroît.. Nous étions Jumeau, Jehan et moi. Nous nous ressemblions comme les reflets d’un miroir. Aimé par nos
ascendants, notre enfance fut heureuse. Mon frère était promis au trône, moi à l’ombre et cela me convenait parfaitement. Ma nature physique bien plus fragile et maladive que la sienne, m’aurait
rendue inapte à remplir ma tâche et trop sensible.
/////////Notre calvaire commença lorsque nous eûmes atteint
l’adolescence, l’âge ingrat. Notre peuple subissait déjà depuis bien longtemps le harcèlement toujours plus pressant des Démons. Par chance, nos parents veillaient à nous protéger de la réalité des
choses… Ou peut-être par malchance…
Je suis mort ce soir,
J’ai vu le jour cette nuit,
Vérité troublante de dérision,
Sincérité criante d’opposition.
Sur mes joues ce liquide Salin,
Coup du sort ou bien défi du destin ?
Quel est le nom de celui qui entre ses mains,
Peut déverser mon précieux élixir carmin ?
/////////Nous étions dans notre confortable palais, au coin du
feu, lorsque cette nuit-là, notre destin bascula. Par dizaine des démons nous envahirent. Mon père et ses hommes voulurent nous défendre. Bien sûr qu’ils firent preuve d’un courage qu’aujourd’hui
encore, j’envie. Bien sûr qu’ils n’ont rien cédé… Mais pourtant, un à un ils tombèrent. Sous nos yeux, après avoir été violée, notre mère fut égorgée. Et nous, pauvres inconscients de fous, nous
nous révoltions comme si, les deux insurgés que nous étions, pouvaient changer quoi que ce soit de notre destin, dans le marbre scellé.
/////////Si beaucoup des nôtres étaient tombés sous le poids
des lames et sortilèges, parmi les démons, les pertes étaient également nombreuses. L’on attribua à notre Père à mort du Roi Lazarre, Père de Marius Lazarre. Vérité ou subterfuge de son fils pour
prendre sa place ? Nul n’osait émettre de supposition. Nous fûmes tous trois conduits dans le ventre bouillonnant de ce qui, bien plus tard, deviendra le Pallazzo Vecchio.
Prisonnier depuis l’Adolescence,
Une Vie saignée par ton Absence,
Aux Mains de la Démence,
Mon Amant est Silence,
Toi, Geôlier écoute ma prière,
Ce sera pour toi la Dernière…
/////////Les premières années, nous étions enfermés ensembles.
Nous assistions impuissants aux tortures que subissait notre Père. Prévenu que s’il n’obtempérait pas, ce serait sur nous qu’ils apposeraient leurs marques, il leur concéda tout ce qu’ils voulurent
jusqu’à finalement, y laisser la vie en nous offrant dans un dernier souffle quelques mots : “Mon corps est prisonnier, Mon cœur léger et Mon esprit libéré”
/////////Unis jusque dans nos tourments, ils finirent par nous
séparer. Nous étions alors jeunes adultes et désormais seuls pour affronter leur folie. Ma santé fragile fit que plus d’une fois, mes geôliers pensèrent que ma dernière heure était arrivée, mais ce
ne fut le cas. La “Vermine” – comme ils nous nommaient – persiste et s’accroche à la vie comme de la mauvaise herbe.
Venez à moi nuages,
Puissiez-vous gonfler en une funeste tempête,
Levée pour les éventrer,
Que le voile de la nuit soit le témoin complice
De l’agonie de ceux qui résistent
Afin qu’ils ne fassent point de mal,
Que le sang se répande pour me purifier
Et m’assurer l’éternel
Telle est ma prière
Comtesse Bathory/////////////
/////////Outre mes geôliers et le Prince Marius Lazarre, je
recevais parfois la visite d’esclaves – d’autres lycans – ou bien de sympathisants à notre famille infiltrant les murs du palais. Ils m’apportaient des nouvelles du monde, de mon frère, quelques
pitances et eau, mais aussi tissus afin que je m’en revêtisse. Rarement les mêmes visages revinrent devant moi… Sauf peut-être l’un d’eux. Son visage marqué par le temps, paraissait sans âge. Il
venait chaque nuit – peut-être pour s’assurer que je ne cède à la folie – et en profita pour m’enseigner les rudiments de l’alchimie. Studieux et passionné, je dois reconnaître que je n’étais pas
trop mauvais, mais avais-je le choix ? Un jour ces enseignements me serviraient.
/////////Jusqu’à ces dernières années, jamais il ne manqua une
nuit de présence, me veillant parfois lorsque mon corps me faisait défaut, que ma santé m’abandonnait.
/////////Ses visites, celles du Princes ou bien de ses hommes,
celles de quelques rebelles ou bien d’esclaves rythmais mes jours et mes nuits. Je comptais le temps qui s’écoulait au gré des “repas” que l’on m’accordait, les signifiants d’un trait gravé dans la
pierre humide et suintante de ma cellule. Bien sûr, il m’arrivait de m’égarer, mon décompte n’était juste, mais qu’importait, il me maintenait un pied dans la réalité.
/////////Depuis combien de temps étais-je là ?
Sens-tu au dehors gronder la rébellion ?
Un jour tu verras, je serais des millions,
Tes larmes, tes cris ne m’atteindront,
Le sang et les pleurs s’écouleront,
Je fais preuve de patience,
Bientôt sonnera le glas de ma vengeance.
/////////Au fil tu temps j’ai nourri une soif intarissable de
vengeance. Leurs ignominies à mon encontre ont fait fuir mon innocence. L’insouciance ne m’habite désormais plus, le venin de la haine court dans mes veines comme des chevaux sauvages sur la terre.
Galopante, la folie me menace. Je connais parfois quelques absences durant lesquelles je deviens obscur, cruel et ne connais aucune limite. Lorsque je “reviens” de ces moments, aucun souvenir ne me
restent de ces crises jamais bien longues. Ma nature peu robuste fait que plus que tout autre, je me montre d’une exigence toute particulière envers les autres, mais surtout envers moi. J’exècre la
médiocrité. Je cherche constamment à repousser mes limites, à me surpasser, comme si cela me permettrait de faire oublier mon handicap. Néanmoins, je peux me montrer particulièrement fougueux.
/////////Jamais l’espoir de retrouver ma liberté, de retrouver
mon frère et de goûter à ce monde libre à ses côtés, ne m’a quitté, jamais je ne leur ai cédé. Nous nous l’étions promis mon frère et moi avant que l’on ne nous sépare et jamais je ne pourrai
rompre ma parole donnée.
/////////Tel un château fort, je me protège derrière un masque
dont les remparts sont la froideur, la distance et parfois, l’arrogance. Je parais sûr de moi et ma franchise, souvent crue et criante de vérité, n’est qu’une façade bien que jamais je ne mens,
quitte même à parfois me montrer blessant. Passé ces fortifications qui ne sont qu’illusion, je suis un havre de sensibilité. À fleur de peau bien souvent, je peine néanmoins à dévoiler mes
sentiments. Ma pudeur en est presque maladive. Je suis donc particulièrement secret, mais lorsque l'on se voit gratifié de ma confiance, ce n'est jamais à moitié.
/////////La solitude est désormais ma plus grande peur, la
mort ne m’effraie plus depuis des siècles, mais rester seul me tétanise. De la même manière, je suis bien incapable de rester enfermé en un lieu clos. Fenêtre ou porte ouvertes me sont nécessaires
sans quoi la panique me dévore et mes “crises” se déclenchent.
/////////Mes cheveux ont bien poussé depuis les début de ma
détention. Désormais, ils me retombent dans la nuque. Couleur jais, ils sont en parfaite harmonie avec l’encre de mon regard. Mes yeux sont soulignés par de fin sourcils, tout aussi obscurs,
ajoutant un peu plus à cette impression de mystère que je dégage. Mon teint, particulièrement pâle puisque jamais exposé aux rayons du soleil et de constitution fragile, me donne une impression
presque irréelle. Cette pâleur que certain qualifient de maladive, est parsemée ici et là de cicatrices plus ou moins récentes. Mon visage semble avoir gardé une certaine jeunesse. De la base de
mon cou jusqu’au creux de mes hanches, un tatouage. Mon frère en possède l’identique reflet, comme dans un miroir. Il s’agit d’un serpent. Nous nous l’étions fait faire lorsqu’adolescents, nous
remettions en cause l’autorité de nos parents. Ma taille est moyenne et, contrairement aux apparences, je n’ai la peaux sur les os. Malgré ma détention, une certaine musculature – moindres bien sûr
– a subsisté grâce à quelques exercices. Enfermé dans mes geôles, mes frusques ne sont que loques, mais si l’on me donnait le choix, mes couleurs seraient sombres, ou bien blanches.
/////////L’obscurité de mon apparence humaine contraste avec
le pelage blanc qui me recouvre lorsque d’homme, je deviens loup. Mes yeux deviennent dorés et ma taille augmente considérablement, mais il est bien rare qu’au fond de ma cellule, ainsi je me
transforme.
Votre plume