Bienvenue noble voyageur, sur La Plume Au Vent



img337/4141/copielg7.gif

http://img92.imageshack.us/img92/3752/sanstitre1copiexb7.gif




Un index pour mes récits vient d'être placé dans le blog. Ainsi il sera plus simple de naviguer d'histoire en histoire.

Les nouveautés du mois ne s’arrêtent pas là ! Un essai d’histoire interactive vous attend dans la partie Petites histoires interactives. L’histoire proposée, Selene, n’est pas de première qualité, mais il s’agit avant tout de donner un exemple pour voir si le concept plait. Si c’est le cas, je ferais quelque chose de beaucoup plus construit et de plus intéressant. Vous avez un article concernant cette idée ici… Donnez-moi votre avis surtout dans Vos paroles, Vos commentaires.

Encore du nouveau dans Vos paroles, avec un petit jeu. L’idée est très simple, je propose un thème, par exemple pour débuter j’ai choisi La Mer et La Cascade. Vous répondez à ces thèmes par des textes, des illustrations, des photos, ou autre. Ainsi le blog marchera dans les deux sens, nous partagerons ensemble notre goût pour l’écriture, la photo, le dessin, l’animation entre autres. Donnez-moi votre avis surtout dans Vos paroles, Vos commentaires.

Pour vos images je vous propose deux hébergeurs gratuit : ImageShack (dont je me sers tout le temps) et Archive-Host que je ne connais presque pas…











de votre visite,
Lémuria

 

Mardi 27 mars 2007

    Le bon disciple




Manuscrit du bon disciple




Je suis élu, je suis damné !
Un grand souffle inconnu m'entoure.
Ô terreur ! Parce, Domine !

Quel Ange dur ainsi me bourre
Entre les épaules tandis
Que je m'envole aux Paradis ?

Fièvre adorablement maligne,
Bon délire, benoit effroi !
Je suis martyr et je suis roi,
Faucon je plane et je meurs cygne !

Toi le Jaloux qui m'as fait signe,
Oui me voici, voici tout moi !
Vers toi je rampe encore indigne !
- Monte sur mes reins, et trépigne !

Mai 72

Dimanche 11 février 2007
Vers pour être calomnié

Ce soir je m'étais penché sur ton sommeil.
Tout ton corps dormait chaste sur l'humble lit,
Et j'ai vu, comme un qui s'applique et qui lit,
Ah ! j'ai vu que tout est vain sous le soleil !

Qu'on vive, ô quelle délicate merveille,
Tant notre appareil est une fleur qui plie !
O pensée aboutissant à la folie !
Va, pauvre, dors ! moi, l'effroi pour toi m'éveille.

Ah ! misère de t'aimer, mon frêle amour
Qui vas respirant comme on respire un jour !
O regard fermé que la mort fera tel !

O bouche qui ris en songe sur ma bouche,
En attendant l'autre rire plus farouche !
Vite, éveille-toi. Dis, l'âme est immortelle ?


Extrait de Jadis et naguère.


Mardi 23 janvier 2007
Explication

Le bonheur de saigner sur le coeur d'un ami,
Le besoin de pleurer bien longtemps sur son sein,
Le désir de parler à lui, bas à demi,
Le rêve de rester ensemble sans dessein !

Le malheur d'avoir tant de belles ennemies,
La satiété d'être une machine obscène,
L'horreur des cris impurs de toutes ces lamies,
Le cauchemar d'une incessante mise en scène !

Mourir pour sa Patrie ou pour son Dieu, gaîment,
Ou pour l'autre, en ses bras, et baisant chastement
La main qui ne trahit, la bouche qui ne ment !

Vivre loin des devoirs et des saintes tourmentes
Pour les seins clairs et pour les yeux luisants d'amantes,
Et pour le... reste ! vers telles morts infamantes !


Extrait de Parallèlement.


Mercredi 17 janvier 2007
A Arthur Rimbaud

MORTEL, ange ET démon, autant dire Rimbaud,
Tu mérites la prime place en ce mien livre,
Bien que tel sot grimaud t'ait traité de ribaud
Imberbe et de monstre en herbe et de potache ivre.

Les spirales d'encens et les accords de luth
Signalent ton entrée au temple de mémoire
Et ton nom radieux chantera dans la gloire,
Parce que tu m'aimas ainsi qu'il le fallut.

Les femmes te verront, grand jeune très fort,
Très beau d'une beauté paysanne et rusée,
Très désirable d'une indolence qu'osée !

L'histoire t'a sculpté triomphant de la mort
Et jusqu'aux purs excès jouissant de la vie,
Tes pieds blancs posés sur la tête de l'Envie.


Dimanche 31 décembre 2006
Paris,
mai 1872



    Cher Rimbe bien gentil, je t'accuse réception du crédit sollicité et accordé, avec mille grâces, et (je suis follement heureux d'en être presque sûr) sans remise cette fois. Donc à samedi, vers 7 heures toujours, n'est-ce pas ? - D'ailleurs, avoir marge, et moi envoyer sous en temps opportun.

    En attendant, toutes lettres martyriques chez ma mère, toutes lettres touchant les revoir, prudences, etc..., chez M L. Forain, 17, Quai d'Anjou, Hôtel Lauzun, Paris, Seine (pr M. P. Verlaine).

    Demain, j'espère pouvoir te dire qu'enfin j'ai l'Emploi (secrétaire d'assurances).

    Pas vu Gavroche hier bien que rendez-vous. Je t'écris ceci au Cluny (3 heures), en l'attendant. Nous manigançons contre quelqu'un que tu sauras de badines vinginces. Dès ton retour, pour peu que ça puisse t'amuser, auront lieu des choses tigresques. Il s'agit d'un monsieur qui n'a pas été sans influence dans tes 3 mois d'Ardennes et mes 6 mois de merde. Tu verras, quoi !

    Chez Gavroche écris-moi et me renseigne sur mes devoirs, la vie que tu entends que nous menions, les joies, affres, hypocrisies, cynismes, qu'il va falloir : moi tout tien, tout toi, - le savoir ! - Ceci chez Gavroche.

    Chez ma mère tes lettres martyriques, sans allusion aucune à aucun revoir.

    Dernière recommandation : dès ton retour, m'empoigner de suite, de façon à ce qu'aucun secouïsme, - et tu le pourras si bien !

    Prudence :

    faire en sorte, au moins quelque temps, d'être moins terrible d'aspect qu'avant : linge, cirage, peignage, petites mines : ceci nécessaire si toi entrer dans projets tigresques : moi d'ailleurs lingère, brosseur, etc. (si tu veux).

    (Lesquels projets d'ailleurs, toi y entrant, nous seront utiles, parce que "quelqu'un de très grand à Madrid" y intéressée, - d'où security very good !).

    Maintenant, salut, revoir, joie, attente de lettres, attente de Toi. - Moi avoir 2 fois cette nuit rêvé : Toi, martyriseur d'enfant, - Toi tout goldez (En anglais, doré : j'oubliais que tu ignorais cette langue autant que moi.). Drôle, n'est-ce pas, Rimbe !

    Avant de fermer ceci j'attends Gavroche. Viendra-t-il ? - ou lâcherait-il ? (- à dans quelques minutes ! -)

4 heures après-midi.

Gavroche venu, repar' d'hon' gîtes sûrs. Il t'écrira.

Ton vieux,
P.V.


Jeudi 28 décembre 2006
Bouillon,
le 18 mai 1873



Boglione, le dimanche 18.


    Cher ami, merci de ta leçon, sévère mais juste, d'anglais. Tu sais, je "dors". C'est par somnambulisme, ces thine, ces ours, ces theirs ; c'est par engourdissement produit par l'Ennui, ce choix de sales verbes auxiliaires, to do, to have, au lieu d'analogues mieux expressifs. Par exemple je défendrai mon How initial. Le vers est :

    Mais qu'est-ce qu'ils ont donc à dire que c'est laid...

    Je ne trouve encore que How ! (qui d'ailleurs a rang d'exclamation étonnée) pour rendre ça. Laid me semble rendu assez bien par foul. De plus, comment traduire :

    Ne ruissellent-ils pas de tendresse et de lait ?

    sinon par :

Do not stream by fire and milk ?

    Au moins me semble-t-il, après ample contrition de mes saloperies de vieux Con au bois dormant (Delatrichine n'aurait pas trouvé celle-là !)

    Arrivé ici à midi, pluie battante, de pied. Trouvé nul Deléclanche. Vais repartir par la malle. - Ai dîné avec Français de Sedan et un grand potache du collège de Charleville. Sombre feste ! Pourtant Badingue traîné dans le caca, ce qui est un régal en ce pays charognardisant.

    Frérot, j'ai bien des choses à te dire, mais voici qu'il est 2 h[eures], et la malle va chalter. Demain peut-être je t'écrirai tous les projets que j'ai, littéraires et autres. Tu seras content de ta vieille truie (battu, Delamorue !)

    Pour l'instant je t'embrasse bien et compte sur une bien prochaine entrevue, dont tu me donnes l'espoir pour cette semaine. Dès que tu me feras signe, j'y serai.

    Mon frère (brother-plainly), j'espère bien. Ça va bien. Tu seras content.

    A bientôt, n'est-ce pas ? Ecris vite. Envoie explanade. Tu auras bientôt tes fragments.

    Je suis ton old cunt ever open ou opened, je n'ai pas là mes verbes irréguliers.

P.V.


Dimanche 17 décembre 2006
"Malheureux ! Tous les dons..."


Malheureux ! Tous les dons, la gloire du baptême,
Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime,
La force et la santé comme le pain et l'eau,
Cet avenir enfin, décrit dans le tableau
De ce passé plus clair que le jeu des marées,
Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées
Jusqu'aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas !
La malédiction de n'être jamais las
Suit tes pas sur le monde où l'horizon t'attire,
L'enfant prodigue avec des gestes de satyre !
Nul avertissement, douloureux ou moqueur,
Ne prévaut sur l'élan funeste de ton coeur.
Tu flânes à travers péril et ridicule,
Avec l'irresponsable audace d'un Hercule
Dont les travaux seraient fous, nécessairement.
L'amitié - dame ! - a tu son reproche clément,
Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême,
Vient prier, comme au lit d'un mourant qui blasphème.
La patrie oubliée est dure au fils affreux,
Et le monde alentour dresse ses buissons creux
Où ton désir mauvais s'épuise en flèches mortes.
Maintenant il te faut passer devant les portes,
Hâtant le pas de peur qu'on ne lâche le chien,
Et si tu n'entends pas rire, c'est encor bien.
Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage !
Mais tu vas, la pensée obscure de l'image
D'un bonheur qu'il te faut immédiat, étant
Athée (avec la foule) et jaloux de l'instant,
Tout appétit parmi ces appétits féroces,
Epris de la fadaise actuelle, mots, noces
Et festins, la "Science", et l'"esprit de Paris",
Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,
Imbécile ! et niant le soleil qui t'aveugle !
Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle
Dans ta cervelle, ainsi qu'un troupeau dans un pré,
Et les vices de tout le monde ont émigré
Pour ton sang dont le fer lâchement s'étiole
Tu n'es plus bon à rien de propre, ta parole
Est morte de l'argot et du ricanement,
Et d'avoir rabâché les bourdes du moment.
Ta mémoire, de tant d'obscénités bondée,
Ne saurait accueillir la plus petite idée,
Et patauge parmi l'égoïsme ambiant,
En quête d'on ne peut dire quel néant !
Seul, entre les débris honnis de ton désastre,
L'Orgueil, qui met la flamme au front du poétastre
Et fait au criminel un prestige odieux,
Seul, l'Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux,
Il regarde la Faute et rit de s'y complaire.

- Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère !


A propos d'Arthur Rimbaud,
Arras, septembre ou octobre 1875.

Extrait de Sagesse.


Dimanche 17 décembre 2006
Londres,
le 12 décembre 1875

Londres, le dimanche 12 décembre (18)75.


        Mon cher ami,

    Je ne t'ai pas écrit, contrairement à ma promesse (si j'ai bonne mémoire), parce que j'attendais, je te l'avouerai, lettre de toi, enfin satisfaisante. Rien reçu, rien répondu. Aujourd'hui je romps ce long silence pour te confirmer tout ce que je t'écrivais il y a environ deux mois.

    Le même, toujours. Religieux strictement, parce que c'est la seule chose intelligente et bonne. Tout le reste est duperie, méchanceté, sottise. L'Eglise a fait la civilisation moderne, la science, la littérature : elle a fait la France, particulièrement, et la France meurt d'avoir rompu avec elle. C'est assez clair. Et l'Eglise aussi fait les hommes, elle les crée: Je m'étonne que tu ne voies pas ça, c'est frappant. J'ai eu le temps en dix-huit mois d'y penser et d'y repenser, et je t'assure que j'y tiens comme à la seule planche.

    Et sept mois passés chez des protestants m'ont confirmé dans mon catholicisme, dans mon légitimisme, dans mon courage résigné.

    Résigné par l'excellente raison que je me sens, que je me vois puni,humilié justement et que plus sévère est la leçon, plus grande est la grâce et l'obligation d'y répondre.

    Il est impossible que tu puisses témoigner que c'est de ma part pose ou prétexte. Et quant à ce que tu m'écrivais, - je ne me rappelle plus bien les termes, "modifications du même individu sensitif", "rubbish", "potarada", blague et fatras digne de Pelletan et autres sous-Vacquerie.

    Donc le même toujours. La même affection (modifiée) pour toi. Je te voudrais tant éclairé, réfléchissant. Ce m'est un si grand chagrin de te voir en des voies idiotes, toi si intelligent, si prêt(bien que ça puisse t'étonner !) J'en appelle à ton dégoût lui-même de tout et de tous, à ta perpétuelle colère contre chaque chose, - juste au fond cette colère, bien qu'inconsciente du pourquoi.

    Quant à la question d'argent, tu ne peux pas sérieusement ne pas reconnaître que je suis l'homme généreuxen personne : c'est une de mes très rares qualités, - ou une de mes très nombreuses fautes, comme tu voudras. Mais, étant donné, et d'abord mon besoin de réparer un tant soit peu, à force de petites économies, les brèches énormes faites à mon menu avoir par notrevie absurde et honteuse d'il y a trois ans, - et la pensée de mon fils, et enfin mes nouvelles, mes fermes idées, tu dois comprendre à merveille que je ne puis t'entretenir. Où irait mon argent ? A des filles, à des cabaretiers ! Leçons de piano ? Quelle "colle" ! Est-ce que ta mère ne consentirait pas à t'en payer, voyons donc !

    Tu m'as écrit en avril des lettres trop significatives de vils, de méchants desseins, pour que je me risque à te donner mon adresse (bien qu'au fond, toutes tentatives de me nuire soient ridicules et d'avance impuissantes, et qu'en outre il y serait, je t'en préviens, répliqué légalement,pièces en mains). Mais j'écarte cette odieuse hypothèse. C'est, j'en suis sûr, quelque "caprice" fugitif de toi, quelque malheureux accident cérébral qu'un peu de réflexion aura dissipé. - Encore prudence est mère de la sûreté et tu n'auras mon adresse que quand je serai sûr de toi.

    C'est pourquoi j'ai prié Delahaye de ne te pas donner mon adresse et le charge, s'il veut bien, d'être assez bon pour me faire parvenir toutes lettres tiennes.

    Allons, un bon mouvement, un peu de coeur, que diable ! de considération et d'affection pour un qui restera toujours - et tu le sais,

Ton bien cordial
P. V.



    Je m'expliquerai sur mes plans - ô si simples, - et sur les conseil que je te voudrais voir suivre, religion même à part, bien que ce soit mon grand, grand, grand conseil, quand tu m'auras, via Delahaye, répondu "properly".

    P.-S. - Inutile d'écrire ici till called for.Je pars demain pour de gros voyages, très loin...
Mercredi 1 novembre 2006
Les poètes maudits

II

ARTHUR RIMBAUD

    Nous avons eu l'honneur de connaître M. Arthur Rimbaud. Aujourd'hui des choses nous séparent de lui sans que, bien entendu, notre très profonde admiration ait jamais manqué à son génie.

    A l'époque relativement lointaine de notre intimité, M. Arthur Rimbaud était un enfant de seize à dix-sept ans, déjà nanti de tout le bagage poétique qu'il faudrait que le vrai public connût et que nous essaierons d'analyser en citant le plus que nous pourrons.


    L'homme était grand, bien bâti, presque athlétique, au visage parfaitement ovale d'ange en exil, avec des cheveux châtain-clair mal en ordre et des yeux d'un bleu pâle inquiétant. Ardennais, il possédait, en plus d'un joli accent de terroir trop vite perdu, le don d'assimilation prompte propre aux gens de ce pays là, - ce qui peut expliquer le rapide dessèchement, sous le soleil bête de Paris, de sa veine, pour parler comme nos pères dont le langage direct et correct n'avait pas toujours tort, en fin de compte !


    Nous nous occuperons d'abord de la première partie de l'oeuvre de M. Arthur Rimbaud, oeuvre de sa toute jeune adolescence, - gourme sublime, miraculeuse puberté ! - pour ensuite examiner les diverses évolutions de cet esprit impétueux, jusqu'à sa fin littéraire.


    Ici une parenthèse, et si ces lignes tombent d'aventure sous ses yeux, que M. Arthur Rimbaud sache bien que nous ne jugeons pas les mobiles des hommes et soit assuré de notre complète approbation (de notre tristesse noire, aussi) en face de son abandon de la poésie, pourvu, comme nous n'en doutons pas, que cet abandon soit, pour lui, logique, honnête et nécessaire.


    L'oeuvre de M. Arthur Rimbaud remontant à la période de son extrême jeunesse, c'est-à-dire à 1869, 70, 71, est assez abondante et formerait un volume respectable. Elle se compose de poèmes généralement courts, de sonnets, triolets, pièces en strophes de quatre, cinq et de six vers. Le poète n'emploie jamais la rime plate. Son vers solidement campé, use rarement d'artifices. Peu de césures libertines, moins encore de rejets. Les choix des mots est toujours exquis, quelquefois pédant à dessein. La langue est nette et reste claire quand l'idée se fonce ou que le sens s'obscurcit. Rimes très honorables.


    Nous ne saurions mieux justifier ce que nous disons là qu'en vous présentant le sonnet des

VOYELLES
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
    La Muse (tant pis ! vivent nos pères !), la Muse, disons-nous, de M. Arthur Rimbaud prend tous les tons, pince toutes les cordes de la harpe, gratte toutes celles de la guitare et caresse le rebec d'un archet agile s'il en fut.

    Goguenard et pince-sans-rire, M. Arthur Rimbaud l'est, quand cela lui convient, au premier chef, tout en demeurant le grand poète tel que dieu l' a fait.

    A preuve l'Oraison du soir, et ces Assis à se mettre à genoux devant !

ORAISON DU SOIR
Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures :
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu'ensanglante l'or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.

    Les Assis ont une petite histoire qu'il faudrait peut-être rapporter pour qu'on les comprît bien.

    M. Arthur Rimbaud qui faisait alors sa seconde en qualité d'externe au lycée de ***, se livrait aux écoles buissonnières les plus énormes et quand il se sentait - enfin ! - fatigué d'arpenter monts, bois et plaines nuits et jours, car quel marcheur ! il venait à la bibliothèque de ladite ville et y demandait des ouvrages malsonnants aux oreilles du bibliothécaire en chef dont le nom, peu fait pour la postérité, danse au bout de notre plume, mais qu'importe le nom d'un bonhomme en ce travail malédictin ?


    L'excellent bureaucrate que ses fonctions mêmes obligaient à délivrer à M. Arthur Rimbaud, sur la requête de ce dernier, force Contes Orientaux et libretti de Favart, le tout entremêlé de vagues bouquins scientifiques très anciens et très rares, maugréait de se lever pour ce gamin et le renvoyait volontier, de bouche, à ses peu chères études, à Cicéron, à Horace, et à nous ne savons plus quels Grecs aussi. Le gamin, qui d'ailleurs connaissait et surtout appréciait infiniment mieux ses classiques que le birbe, finit par "s'irriter", d'où le chef d'oeuvre en question.

LES ASSIS
Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue
Et vous suez pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings crispés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever

Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

    Nous avons tenu à tout donner de ce poème savamment et froidement outré, jusqu'au dernier vers si logique et d'une ardiesse si heureuse. Le lecteur peut ainsi se rendre compte de la puissance d'ironie, de la verve terrible du poète, dont il nous reste à considérer les dons plus élevés, dons suprêmes, magnifique témoignage de l'Intelligence, preuve fière et française, bien française, insistons-y par ces jours de lâche internationalisme, d'une supériorité naturelle et mystique de race et de caste, affirmation sans conteste possible de cette immortelle royauté de l'Esprit, de l'âme et du Coeur humains :

    La Grâce et la Force, et la grande Rhétorique niée par nos intéressants, nos subtils, nos pittoresques, mais étroits et plus qu'étroits, étriqués, Naturalistes de 1883 !


    La force, nous en avons eu un spécimen dans les quelques insérés ci-dessus, mais encore y est-elle à ce point revêtue de paradoxe et de redoutable belle humeur qu'elle n'apparaît que déguisée en quelque sorte. Nous la retrouverons dans son intégrité, toute belle et toute pure, à la fin de ce travail. Pour le moment, c'est la grâce qui nous appelle, une grâce particulière, inconnue certe jusqu'ici, où le bizarre et l'étrange salent et poivrent l'extrème douceur, la simplicité divine de la pensée et du style.


    Nous ne connaissons pour notre part dans aucune littérature quelque chose d'un peu farouche et de si tendre, de gentiment caricatural et de si cordial et de si bon, et d'un jet franc, sonore, magistral, comme

LES EFFARÉS
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,

A genoux, cinq petits, - misère ! -
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l'enfourne
Dans un trou clair :

Ils écoutent le bon Pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air :

Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche,
Plein de dorures de brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons ;

Que ce trou chaud souffle la vie ;
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre,
Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, et disant des choses,
Entre les trous,

Des chuchotements de prière ;
Repliés vers cette lumière
De ciel rouvert

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d'hiver.
    Qu'en dites-vous ? Nous trouvant dans un autre art des analogies que d'originalité de ce "petit cuadro" nous interdit de chercher parmi tous les poètes possibles, nous dirions, c'est du Goya pire et meilleur. Goya et Murillo consultés nous donneraient raison, sachez-le bien.

    Du Goya encore Les chercheuses de Poux, cette fois du Goya lumineux exaspéré, blanc sur blanc avec les effets roses et bleus et cette touche singulière jusqu'au fantastique. Mais combien supérieur toujours le poète au peintre et par l'émotion haute et par le chant des bonnes rimes !

    Soyez témoins :

LES CHERCHEUSES DE POUX
Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant devant une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés,
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d'harmonica qui pourrait délirer ;
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

    Il n'y a pas jusqu'à l'irrégularité de rime de la dernière stance, il n'y a pas jusqu'à la dernière phrase restant, entre son manque de conjonction et le point final, comme suspendue et surplombante, qui n'ajoutent en légèreté d'esquisse, en tremblé de facture au charme frêle du morceau. Et le beau mouvement, le beau balancement lamartinien, n'est-ce pas ? dans ces quelques vers qui semblent se prolonger dans du rêve et de la musique ! Racinien même, oserions-nous ajouter, et pourquoi ne pas alller jusqu'à cette juste confession, virgilien ?

    Bien d'autres exemples de grâce exquisement perverse ou chaste à vous ravir en extase nous tentent, mais les limites normales de ce second essai déjà long nous font une loi de passer outre à tant de délicats miracles et nous entrerons sans plus de retard dans l'empire de la Force splendide où nous convie le magicien avec son

BATEAU IVRE
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentais plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands et de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées
Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelques fois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai révé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux des panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulement d'eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombres aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabodeurs aux yeux blonds
Et je voguais, lorqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !...

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repéché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poëtes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur,

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? -

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leurs sillages aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
    maintenant quel avis formuler sur les Premières communions, poème trop long pour prendre place ici, surtout après nos excès de citations, et dont d'ailleurs nous détestons bien haut l'esprit, qui nous paraît dériver d'une rencontre malheureuse avec le Michelet de dessous les linges sales de femmes et de derrière Parny (l'autre Michelet, nul plus que nous ne l'adore), oui, quel avis émettre sur ce morceau colossal, sinon que nous en aimons la profonde ordonnance et tous les vers sans exception ? Il y en a d'ainsi :

    Adonaï !... - Dans les terminaisons latines,
    Des cieux moirés de vert baignent les Fronts vermeils
    Et, tachés du sang pur des célestes poitrines
    De grands linges neigeux tombent sur les soleils !

    Paris se repeuple, écrit au lendemain de la "Semaine sanglante", fourmille de beautés.

    .................
    Cachez les palais morts dans des niches de planches !
    L'ancien jour effaré rafraîchit vos regards.
    Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches :
    .......................
    Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,
    Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,
    Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires
    Un peu de la bonté du fauve renouveau,
    ......................

    Dans cet ordre d'idées, Les Veilleurs, poème qui n'est plus, hélas ! en notre possession, et que notre mémoire ne saurait reconstituer, nous ont laissé l'impression la plus forte que jamais vers nous aient causée. C'est d'une vibration, d'une largeur, d'une tristesse sacrée ! et d'un tel accent de sublime désolation, qu'en vérité nous osons croire que c'est ce que M. Arthur Rimbaud a écrit de plus beau, de beaucoup !


    Maintes autres pièces de premier ordre nous ont ainsi passé par les mains, qu'un hasard malveillant et le tourbillon de voyages passablement accidentés nous ont fait perdre. Aussi adjurons-nous ici tous nos amis connus ou inconnus qui posséderaient Les Veilleurs, Accroupissements, Le coeur volé, Douaniers, Les mains de Jeanne-Marie, Soeurs de charité, et toutes choses signées du nom prestigieux, de bien vouloir nous les faire parvenir pour le cas probable où le présent travail dû se voir complété. Au nom de l'honneur des Lettres, nous leur réitérons notre prière. Les manuscrits seront religieusement rendus, dès copie prise, à leurs généreux propriétaires.


    Il est temps de songer à terminer ceci qui a pris de telles proportions pour ces raisons excellentes.


    Le nom et l'oeuvre de Corbière, de Mallarmé, sont assurés pour la suite des temps ; les uns retentirons sur la lèvre des hommes, les autres dans toutes les mémoires dignes d'eux. Corbière et Mallarmé ont imprimé, - cette petite chose immense. M. Rimbaud trop dédaigneux, plus dédaigneux même que Corbière qui du moins a jeté son volume au nez du Siècle, n'a rien voulu faire paraître en fait de vers.


    Une seule pièce, d'ailleurs sinon reniée ou désavouée par lui, a été insérée à son insu, et ce fut bien fait, dans la seconde année de la Renaissance, vers 1873. Cela s'appelait Les Corbeaux. Les curieux pourront se régaler de cette chose patriotique, mais patriotique bien, mais ce n'est pas encore ça. Nous sommes fier d'offrir le premier à nos contemporains intelligents bonne part de ce riche gâteau, du Rimbaud !


    Eussions-nous consulté M. Rimbaud (dont nous ignorons l'adresse, aussi bien vague imensément) il nous aurait, c'est probable, déconseillé d'entreprendre ce travail pour ce qui le concerne.


    Ainsi, maudit par lui-même, ce Poète Maudit ! Mais l'amitié, la dévotion littéraireque nous lui porterons toujours nous ont dicté ces lignes, nous ont fait indiscret. Tant pis pour lui ! Tant mieux, n'est-ce pas ? pour vous. Tout ne sera pas perdu du trésor oublié par ce plus qu'insouciant possesseur, et si c'est un crime que nous commettons, felix cupa, alors !


    Après quelque séjour à Paris, puis diverses périgrinations plus ou moins effrayantes, M. Rimbaud vira de bord et travailla (lui !) dans le naÔf, le très et le trop simple, n'usant que d'assonances, de mots vagues, de phrases enfantines ou populaires. Il accomplit ainsi des prodiges de ténuité, de flou vrai, de charmant presque inappréciable à force d'être grêle et fluet.

    Elle est retrouvée.
    Quoi ? L'éternité.
    C'est la mer allée
    Avec le soleil.
    ...............

    Mais le poète disparaissait. - Nous entendons parler du poète correct.


    Un prosateur étonnant s'ensuivit. Un manuscrit dont le titre nous échappe et qui contenait d'étranges mysticités et les plus aigus aperçus psychologiques tomba dans des mains qui l'égarèrent sans savoir ce qu'elles faisaient.


    La saison en Enfer, parue à Bruxelles, 1873, chez Poot, et Cie, 37 rue aux choux, sombra corps et biens dans un oubli monstrueux, l'auteur ne l'ayant pas "lancée" du tout. Il avait bien autre chose à faire.


    Il courut tous les Continents, tous les Océans, pauvrement, fièrement (riche d'ailleurs, s'il l'eût voulu, de famille et de position) après avoir écrit, en prose encore, une série de superbes fragments, les Illuminations, à tout jamais perdus, nous le craignons bien.


    Il disait dans sa Saison en Enfer : "Ma journée est faite. Je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons, les climats perdus me tanneront."


    Tout cela est très bien et l'homme a tenu parole.


    L'homme en M. Rimbaud est libre, cela est trop clair et nous le lui avons concédé en commençant, avec une réserve bien légitime que nous allons accentuer pour conclure. Mais n'avons-nous pas eu raison, nous fou du poète, de le prendre, cet aigle, et de le tenir dans cette cage-ci, sous cette étiquette-ci, et ne pourrions-nous point par surcroît et surérogation (si la Littérature devait voir se consommer une telle perte) nous écrier avec Corbière, son frère aîné, non pas son grand frère, ironiquement ? Non. Mélancoliquement ? Ah oui ! Furieusement ? Ah qu'oui ! - :


    Elle est éteinte
    L'église sainte,
    Il est éteint
    Le sacristain !

Paul Verlaine
Texte intégral
Première édition : 1884


Dimanche 1 octobre 2006
Laeti et errabundi

Les courses furent intrépides
(Comme aujourd'hui le repos pèse !)
Par les steamers et les rapides.
(Que me veut cet at home obèse ?)

Nous allions, - vous en souvient-il,
Voyageur où ça disparu ? -
Filant légers dans l'air subtil,
Deux spectres joyeux, on eût cru !

Car les passions satisfaites
Insolemment outre mesure
Mettaient dans nos têtes des fêtes
Et dans nos sens, que tout rassure,

Tout, la jeunesse, I'amitié,
Et nos coeurs, ah ! que dégagés
Des femmes prises en pitié
Et du dernier des préjugés,

Laissant la crainte de I'orgie
Et le scrupule au bon ermite,
Puisque quand la borne est franchie
Ponsard ne veut plus de limite.

Entre autres blâmables excès
Je crois que nous bûmes de tout,
Depuis les plus grands vins français
Jusqu'à ce faro, jusau'au stout,

En passant par les eaux-de-vie
Qu'on cite comme redoutables,
L'âme au septième ciel ravie,
Le corps, plus humble, sous les tables.

Des paysages, des cités
Posaient pour nos yeux jamais las ;
Nos belles curiosités
Eussent mangé tous les atlas.

Fleuves et monts, bronzes et marbres,
Les couchant d'or, l'aube magique,
L'Angleterre, mère des arbres,
Fille des beffrois, la Belgique,

La mer, terrible et douce au point, -
Brochaient sur le roman très cher
Que ne discontinuait point
Notre âme - et quidde notre chair ?... -

Le roman de vivre à deux hommes
Mieux que non pas d'époux modèles,
Chacun au tas versant des sommes
De sentiments forts et fidèles.

L'envie aux yeux de basilic
Censurait ce mode d'écot ;
Nous dînions du blâme public
Et soupions du même fricot.

La misère aussi faisait rage
Par des fois dans le phalanstère :
On ripostait par le courage,
La joie et les pommes de terre.

Scandaleux sans savoir pourquoi
(Peut-être que c'était trop beau)
Mais notre couple restait coi
Comme deux bons porte-drapeau,

Coi dans l'orgueil d'être plus libres
Que les plus libres de ce monde,
Sourd aux gros mots de tous calibres,
Inaccessible au rire immonde.

Nous avions laissé sans émoi
Tous impédiments dans Paris,
Lui quelques sots bernés, et moi
Certaine princesse Souris,

Une sotte qui tourna pire...
Puis soudain tomba notre gloire,
Tels, nous, des maréchaux d'empire
Déchus en brigands de la Loire,

Mais déchus volontairement !
C'était une permission,
Pour parler militairement,
Que notre séparation,

Permission sous nos semelles,
Et depuis combien de campagnes !
Pardonnâtes-vous aux femelles ?
Moi, j'ai peu revu ces compagnes,

Assez toutefois pour souffrir.
Ah, quel coeur faible que mon coeur !
Mais mieux vaut souffrir que mourir
Et surtout mourir de langueur.

On vous dit mort, vous. Que le Diable
Emporte avec qui la colporte
La nouvelle irrémédiable
Qui vient ainsi battre ma porte !

Je n'y veux rien croire. Mort, vous,
Toi, dieu parmi les demi-dieux !
Ceux qui le disent sont des fous.
Mort, mon grand péché radieux,

Tout ce passé brûlant encore
Dans mes veines et ma cervelle
Et qui rayonne et qui fulgore
Sur ma ferveur toujours nouvelle !

Mort tout ce triomphe inouï
Retentissant sans frein ni fin
Sur I'air jamais évanoui
Que bat mon coeur qui fut divin !

Quoi, le miraculeux poème
Et la toute-philosophie,
Et ma patrie et ma bohème
Morts ? Allons donc ! tu vis ma vie !


Extrait de Parallèlement.


Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Visites guidées



img186/8567/sanstitre2copiesv2.gif


Le livre d'Or

Mon annuaire :

img160/1600/bottinsg5.gif

Vous cherchiez des Gifs ? Ne cherchez plus et venez ici!



Quel temps à Rennes?

WeatherPixie

Recherche

Un coup d'oeil...